État des lieux : plastique, où en est-on aujourd’hui ?

Le plastique est omniprésent, dans tous les pans de notre société : canalisations, peintures, voitures, bateaux, textile, jouets, … et bien sûr, dans les emballages. Ainsi, 350 millions tonnes de plastique sont produits chaque année dans le monde, ce qui représente 6% des émissions de gaz à effet de serre (GES) mondiales[1].

En France, environ 5 millions de tonnes de plastique sont produits par an, dont 2 millions d’emballages[2], l’équivalent de 74 millions de barils de pétrole et 35,4 millions de tonnes de dioxyde de carbone[3].

Si ces chiffres peuvent impressionner, ceux liés au devenir du plastique dans nos écosystèmes donnent le vertige :

une durée de décomposition de 10 à 450 ans et même infinie selon les objets (cf. ce lien en anglais), 10 millions de tonnes de déchets plastiques rejetés dans les océans chaque année, un 7ème continent formé de déchets d’une taille de 3,5 millions de km², une pollution microplastique terrestre entre 4 et 23 fois plus élevée que la pollution microplastique marine selon l’environnement, environ cinq grammes de plastique absorbé par l’être humain par semaine (l’équivalent du poids d’une carte bancaire), un coût en capital naturel estimé à 8 milliards de dollars (US) par an par le Programme des Nations Unis pour l’Environnement (PNUE),…

Face à une préoccupation croissante de la population sur les incidences du plastique, les industriels esquivent le sujet du renoncement à ce matériau qui se justifie par une approche technique : léger, durable (c’est peu dire), flexible, étanche, pratique pour le transport et la conservation des denrées, facile à fabriquer, … aucun autre matériau ne présente de telles caractéristiques.  A cela, s’ajoute une culturelle : le plastique est conçu pour répondre à une utilisation unique ou limitée dans le temps (en moyenne 20 min pour un sac plastique). Mais l’approche économique apporte aussi des éléments de compréhension non négligeables. Avec des granulés à moins de 1 euro le kilo, les industriels du plastique ne voient pas l’intérêt de remettre en cause une telle manne financière. Les plastiques provenant à 99% de combustibles fossiles, il n’est pas sans surprise d’apprendre que, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la pétrochimie est devenue le principal facteur de la croissance de la demande d’or noir, devant les transports. Rien qu’en Bretagne, il existe 70 entreprises spécialisées dans le conditionnement et l’emballage plastique. Cette manne de la plasturgie est intimement liée à l’importance de l’industrie agro-alimentaire sur le sol breton. On retrouve bien là le côté systémique du problème des déchets plastiques.

Concilier une demande croissante d’emballages plastiques de la part des industriels et les attentes de la population : le recyclage serait-elle donc la solution ? 

Source : WWF

Recycler, une fausse bonne idée

Face à l’affluence des déchets plastiques, le recyclage est la solution prônée par les industriels et les pouvoirs publics, avec l’enjeu de convaincre de la possibilité de recycler de manière indéfinie tout déchet. Mais qu’en est-il dans les faits ?

Recycler suppose au préalable de collecter les déchets. Les chiffres ci-après sont donc à minorer de la part des emballages non captés. Ainsi, en 2018, 32,5 % des 29 millions de tonnes de déchets plastique européens ont été recyclés en 2018. Avec un taux de recyclage de 24,2 %, la France affiche un net retard.

A cela, s’ajoute un taux de recyclage des emballages très faible qui n’atteint en France que 26 %, quand la moyenne européenne s’établit à 42 %. Ce taux est également à relativiser selon les différents emballages plastiques. Les bouteilles et flacons représentent ainsi 58% des emballages plastiques recyclés tandis que “les autres emballages” que sont les pots de yaourt, films, barquettes, sachets, boites… ne représentent que 4%, le reste – soit la quasi-totalité – étant incinérée ou mise en décharge. Enfin, toutes les techniques de gestion des déchets plastiques engendrent inévitablement des émissions de substances nocives[4].

La crise de la Covid-19 a signé le retour en force du tout-jetable par un lobby intensif des industries de la pétrochimie qui s’est empressée de rappeler les vertus hygiéniques du plastique. Pour Zero Waste France, une consommation quotidienne de deux masques jetables par personne représente environ 400 tonnes de déchets plastiques par jour en France.

À plus grande échelle, on observe un véritable problème sociétal car les pays occidentaux -dont la France- exportent pour des raisons économiques, leurs déchets plastiques, dans des pays d’Asie de l’Est mais aussi en Turquie[5] depuis que la Chine interdit l’importation de déchets plastiques. Quantités de déchets plastiques partent dans les rivières avant de rejoindre les mers et les océans et d’y décomposer en microplastiques et nanoplastiques, un désastre pour la faune et la flore marine[6].

Source : MtaTerre

Par ailleurs, le recyclage du plastique ne remet aucunement en cause la surconsommation des ressources vierges et l’exploitation de quantité de déchets. Bien au contraire, grâce au mirage du recyclage, les industriels peuvent perpétuer la production et l’utilisation du tout jetable qui induit l’extraction massive de ressources, et rassurer le consommateur en l’encourageant simplement au tri de ses déchets. Ainsi, comme révélé par FLore Berligen[7], “alors que seule une infime partie du plastique à usage unique est recyclée à l’heure actuelle dans le monde, l’industrie du plastique connait une croissance à deux chiffres“. Pendant ce temps en France, les pouvoirs publics se refusent de remettre en cause la solution du recyclage et fixent un objectif inatteignable de recycler 100% des plastiques d’ici 2025[8]

En conséquence, le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas et seul un véritable changement de paradigme permettra d’apporter une solution pérenne au plastique et au tout jetable !

Pour aller plus loin

M ta Terre, juillet 2020, “”le recyclage, un beau mirage ?

Documentaire Arte, 2017 – PLASTIC PARTOUT ! Histoires de déchets, l’enfer du plastique

Cash Investigation, septembre 2018 – Plastique : la grande intox

Dossier Télérama, novembre 2020 – Le plastique aura-t-il notre peau ?

 Livre de Nathalie Gontard et Hélène Seingier, octobre 2020 – Plastique, le grand emballement

 Livre de Flore Berlingen, juin 2020 – Recyclage : le grand enfumage. Comment l’économie circulaire est devenu l’alibi du jetable

 

Références

[1] FNE, Tout savoir de nos emballages plastiques, 2020

[2] PlasticEurope, Plastic, the Facts 2018

[3] Rapport WWF, Stoppons le torrent de plastique, 2019

[4] Rapport CIEL, Plastic & Climate: The Hidden Costs of a Plastic Planet, février 2019

[5] Reporterre, La Turquie, nouvelle destination des déchets plastiques européens, novembre 2020

[6] Mr Mondialisation, Le recyclage du plastique européen, source de pollution océanique, 2020

[7] Flore Berlingen, « Recyclage, le grand enfumage – comment l’économie circulaire est devenue l’alibi du jetable »

[8] Le Monde, Loi antigaspillage : « Recycler 100 % de nos plastiques à l’infini est une illusion », janvier 2020